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MANIFESTE(S)

To drive the cold winter away, pour chasser l’hiver,

L’écrivain chante depuis un lieu singulier, là où sa voix est la plus forte, la plus claire.

Le lieu d’où moi j’écris est ce moment où j’ai entendu ma condamnation à mort, il y a des années, quand on m’a annoncé un cancer sans recours, cet instant où j’ai constaté mon immense solitude et éprouvé un profond besoin de retrouver un lien avec les autres, de sentir les mains et les regards des autres hommes.

Le lieu d’où vient ma voix est celui de ma déréliction devant la mort. Là où la nudité, ma pauvreté d’être humain m’ont donné le sentiment indélébile d’appartenir à l’espèce humaine, et ainsi de sentir mon frère en tout être qui fait l’expérience de la pauvreté, de la nudité, quelque forme qu’elle prenne.

En ce lieu vibre l’homme reconnaissant envers ces auteurs qui l’ont soutenu, Primo Levi, Charlotte Delbo, Etty Hillesum, Simone Weil, Montaigne, etc. Des auteurs qui l’ont aidé à se relever, à rester intérieurement vivant. Tandis que d’autres personnes le soignaient physiquement.

En ce lieu vibre l’homme qui pense que la seule urgence, parce que c’est devenu désormais sa vie, est d’écrire pour tenter d’apporter ce soutien quand presque rien ne soutient plus au-dedans – celui qu’on espère pour les temps de malheur. C’est là que la littérature prend pour moi son sens fulgurant : une manière de devenir un être pleinement humain, qui n’ignorerait rien de ce que sont ses petitesses, sa violence, ses symptômes si adorés, et qui regarderait le monde avec cela en soi, soleil et ombre.

L’auteure japonaise, Yoko Tawada, note dans son journal du 19 mars 2011, juste après Fukushima, à propos d’un de ses amis : « Certains livres sont devenus pour lui inintéressants, sans qu’il puisse dire pour quelle raison. Il a commencé de dresser une liste des livres « résistants aux séismes », c’est-à-dire des livres qui gardent leur valeur au-delà des catastrophes. »

Qu’il en soit conscient ou non, ce qui caractériserait un écrivain, à mes yeux digne de ce nom, serait peut-être ceci : tenter d’écrire des livres qui gardent leur valeur au-delà des catastrophes.