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In the Valley of Tears

Translated by par Eduardo A. Febles (forthcoming at UIT Books, New York, October 1st 2019) At age 35, a young psychiatrist is diagnosed with...

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MANIFESTE(S)

Il y a peut-être vraiment dans l’existence de chacun un lieu secret d’où l’on part, quand on a quitté toute maison. Pour écrire, il faut d’abord oser se tenir là où tout a tant débordé qu’il n’est plus de toit possible. Cette idée m’habite comme une rengaine. Écrire où ça déborde. C’est ce qui était compliqué, je le constatais à chaque livre. J’ai longtemps cru que l’annonce de mort était un lieu source. La violence nous trompe, ce n’est pas la frayeur qui est une source, mais bien ce qu’elle permet d’effleurer parfois : l’intensité de cette étreinte intérieure, après l’effondrement. C’est la conscience de ce moment d’où je viens. Accompagnée par la conviction très aiguë que j’avais été jusque là à côté de la vie, que ce qui arrivait me donnait à éprouver, pour la première fois à ce degré, que j’étais vivant.

(extrait de La Voix écrite)

L’écrivain chante depuis un lieu singulier, là où sa voix est la plus forte, la plus claire. Le lieu d’où moi j’écris est ce moment où j’ai entendu ma condamnation à mort, vers l’âge de trente ans, quand on m’a annoncé un cancer sans recours, cet instant où j’ai constaté mon immense solitude et éprouvé un profond besoin de retrouver un lien avec les autres, de sentir les mains et les regards des autres. Le lieu d’où vient ma voix est celui de ma déréliction devant la mort. Là où la nudité, ma pauvreté d’être humain m’ont donné le sentiment indélébile d’appartenir à l’espèce humaine, et ainsi de sentir une sœur ou un frère en tout être qui fait l’expérience de la pauvreté, de la nudité, quelque forme qu’elle prenne.

(extrait de JeSuisCharlie, un an après)