Dans un mois, dans un an

Seuil, 2020

in Revue éphémère Par ici la sortie (n°2, août 2020)

 

(Photo : Figures in the Storm, J.M.W. Turner)

Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous ?

On peut imaginer que l’épidémie aura fait sa moisson, qu’un traitement, un vaccin ou les deux auront été mis au point ; on peut imaginer que resteront vivaces les rancœurs et cicatrices ; de nombreux bébés seront nés qui ne connaîtront peut-être pas leurs grands-parents ; on aura compté les défunts et dressé les mémoriaux des héros morts au combat ; on continuera de dénoncer les mensonges et dénis ; on fourbira l’avenir et réglera quelques comptes par voie de justice ; et on peut croire que le monde bataillera pour longtemps avec l’après vérité, avec l’après tout court. Mais de quoi être vraiment sûr ? Qui pouvait savoir il y a un an comment nous souffririons ?

Je voudrais pourtant, quoi qu’il advienne, ne pas oublier ce qui s’est concrétisé avec force en cette année du double vingt : la vision d’un vaste manteau sombre tombé sur nous qui par un effet d’optique se révélait être un gigantesque animal nous tenant entre ses griffes. Le double vingt. Quel présage ! Si ce nombre est celui des annonciations et des noces de porcelaine chinoise (indice sans équivoque), nous ne sommes guère enclins à lire les signes que renvoient nos épousailles mondialisées. Mais plutôt que répéter que l’ampleur du désastre aurait pu être évitée, plutôt que désigner ce que martèlent la plupart des scientifiques, vainement jusqu’ici, j’essaierai de décrire cette prise de conscience ou matérialisation, dont je ne suis pas certain de saisir les implications mais que j’ai sentie trop physiquement pour la taire…

 

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